Malmaison à Tourpes

malmaison,tourpes

1752 | Plan de Rameignies, J.-B. Lebeau fecit, géomètre résidant à Leuze
[GOR1930, p. 26 et 27]

La Cense de la Malmaison est déjà cité en 1350 et a donné son nom au château construit près de Rameignies [GOR1930, p. 33].

Au sommet de la côte, sur le territoire de Tourpes, mais aux confins de Rameignies et Wadelincourt, se trouve le lieu-dit Malmaison. On y accédait jadis par la piedsente de Malmaison devenue plus tard le chemin de l’Etoqui. L’Etoqui était une terre à pâturages de 7ha 75a 80ca, appartenant au seigneur de Rameignies, entourée de haies vives, sur laquelle tous les petits paysans de Rameignies et Wadelincourt pouvaient conduire leur bétail chaque année, du 1er samedi de mai jusque la Toussaint. Ceux qui l’utilisaient payaient au seigneur une redevance annuelle de : 20 sols blancs forts en 1389 et 60 sols blancs forts en 1753. Dans les haies, croissaient des arbres que les usagers du pré pouvaient abattre et vendre. En 1848, l’Etoqui fut divisé en 24 parcelles à cultiver par les plus pauvres. En 1931, l’Etoqui fut vendu 80.000 francs ou 8.000 francs (selon les sources) à Oscar Museur de Tourpes, marchand de bestiaux. Il construisit alors une ferme qui vint accroître le hameau : ce fut d’abord une exploitation herbagère (face à la cense de Malmaison)(1).

5cc9e-10687694511

Extrait du Plan parcellaire de la commune de Tourpes, P. C. Popp fecit

Les parties teintées sont les parcelles appartenant au seigneur en 1752. En 1930, l’Abbé Gorlia a tracé sur ce plan les trois anciens chemins triennaux, bien que ces chemins ne fussent pas indiqués sur ce plan, et pour cause, puisque à cette époque, ils n’existaient pas à l’état de chemins, mais seulement comme passages temporaires, chacun tous les trois ans. Ont été mis en évidence, par une bordure plus forte, les deux pièces de terre qui ont joué un rôle important dans l’histoire du village : le Douaire et l’Etoqui.

malmaison,tourpes

Château de Malmaison

Alexandre-Henri-Joseph de Séjournet (1.1.4.6.14.6.4.6.9.3.1.2), éc., second fils du baron Alexandre-Louis-Joseph de Séjournet de Rameignies, et d’Eulalie-Clotilde-Joseph de la Catoire fit construire le château de Malmaison à Tourpes. Né à Tournai 8 brumaire de l’an X (30 octobre 1801) il décèda au château de Malmaison le 31 janvier 1868. Il devint bourgmestre de Tourpes en 1837 et fut lieutenant-colonel de la Garde civique de Quevaucamps. Il épousa à Tourpes le 6 février 1839 Ludwine-Angélique-Ghislaine Liégeois, ° Péruwelz 23 brumaire de l’an x (14 novembre 1801), † au château de Malmaison 7 août 1861, fille de Philippe, et de Marie-Joseph Duquenne.

DATES CLEFS ET ÉVÉNEMENTS FAMILIAUX AU CHÂTEAU DE MALMAISON

15 janvier 1841 | Naissance d’Oscar de Séjournet

27 décembre 1844 | Naissance de Zoé de Séjournet

7 août 1861 | Décès de Ludwine Liégeois

31 janvier 1868 | Décès d’Alexandre-Henri de Séjournet

11 mars 1889 | Naissance de Madeleine de Séjournet

bc0b1-1716884209-21

30 août 1888 | Château de Malmaison à Tourpes, Léon de Viron (baron) fecit

De cette bâtisse de forme carrée, sont mentionnées de magnifiques cheminées en marbre, un monumental escalier en chêne, des moulures et décorations des plafonds, de beaux parquets, sans parler d’un parc  composés de parterres de plantes rares délimités par une clôture dont une grille d’entrée en fer forgé. Particularité architecturale, le belvédère surmontant la coupole de la toiture donnait à ses propriétaires une vue exceptionnelle sur la région, allant jusqu’à percevoir la cathédrale tournaisienne.  Cette vue stratégique sera exploitée par l’armée allemande durant la Première Guerre Mondiale (2).

Pierre Bachy raconte : Le samedi 22 août 1914, le porteur du Journal de Péruwelz était en tournée, lorsque vers 13h30, il fut aperçu dans la Drève, boulevard Léopold III, par une patrouille de uhlans qui venait de déboucher du chemin de Blaton. Ces éclaireurs de l’armée allemande prirent des exemplaires du journal et continuèrent leur chevauchée vers l’église et la rue des Chauffours. Il était 14h15 quand ils s’arrêtèrent sur le champ de Verquesies. A 16 heures, le premier ‘taube’ (aéroplane) qu’on vit à Péruwelz survola bientôt cette partie de notre territoire. Etait-ce le signal attendu ? La patrouille n’alla pas plus loin, elle rebroussa chemin ; sa reconnaissance était sans doute terminée. Elle regagna son campement qui se trouvait à Stambruges, tandis qu’un autre détachement d’éclaireurs s’établissait au château de la Malmaison sur les hauteurs qui séparent Tourpes et Rameignies, non loin d’un point commun aux villages de Tourpes, Ellignies et Wadelincourt. Le 23 août, il y eut des escarmouches dans le bois de l’Hermitage entre des patrouilles de uhlans et des territoriaux français arrivés de Condé (3).

Après guerre, la famille de Séjournet réinvestit le château pour un temps, pour finalement le céder en 1926. Le site fut vendu à un ancien imprimeur bruxellois, Georges Vanbuggenhoudt-Dujacquier, et à sa famille. Il y apportera le confort moderne, dont l’électricité et le gaz. De grandes réceptions étaient organisées dans les jardins et autour de l’étang qui bordait le château. Oiseaux rares et arbres d’essences diverses complétaient ce tableau paradisiaque (4). 

51653-2235563989-21

Château de Malmaison, à l’abandon

Le château fut abandonné par ses propriétaires peu de de temps avant la Seconde Guerre Mondiale. Des familles de confessions juives s’y réfugièrent et furent ravitaillées par les locaux. Des rafles furent organisées par l’envahisseur nazi et ses sbires rexistes. La propriété sera rachetée, les bois exploités et la maison abandonnée (5).

 

 

1985 | Ruines du château de Malmaison © Eric de Séjournet

Les alentours du château de Malmaison sont paisibles. Des peupliers géants envahis par le lierre se dressent au-delà d’une ‘cense’. Outre cette bâtisse somnolente, à travers le mur de végétation se découpe une masse sombre, carrée. Un petit pont mal en point surplombe un étroit fossé marécageux entourant le domaine. Une grille absente … des piliers effondrés … un chemin enfoui sous les ronces et la verdure … tout cela confirme l’existence d’une propriété abandonnée (6).

Puis, c’est la déception : la vision d’une grande maison délabrée, un décor de ruines ! Les quatre murs sont encore debout. Les vitres, les boiseries des fenêtres,n les portes ont disparu pour laisser des ouvertures béantes d’où semble sortir une étrange lumière. Sur les dalles écornées du trottoir, s’accumulent des ardoises brisées, des morceaux de gouttières tordus …

A l’intérieur, on compte cinq pièces au rez-de-chaussée, un large corridor, une cage d’escalier vide et deux étages. En dessous, des caves profondes. Comme ambiance, le ruissellement de l’eau, le gémissement des poutres qui se balancent dangereusement, la macabre musique du vent qui s’engouffre partout !

Rien ne rappelle la richesse passée de cet intérieur. La toiture s’est effondrée sur ce qui devait être une cuisine, des salons, des boudoirs. Les cheminées qui, sans doute, étaient superbes ont été arrachées ainsi que le plancher. L’imagination ne peut que galoper devant de tels décombres (7).

053f2-39549517231

2012 | Reconstitution du château de Malmaison, Paul Mayeur pinxit (aquarelle 30 x 40 cm, avec l’aimable autorisation de l’auteur)(8)


(1) Association pour la Sauvegarde du Patrimoine de Beloeil, Histoire locale, Le château de Malmaison, Volume 16, n° 119, mars 2009, p.89 à 95
(2) 
CERCLE D’HISTOIRE ET D’ARCHÉOLOGIE DE LEUZE, Le Château de Malmaison à Tourpes, in CHAL Newslettter d’avril 2019
(3) BACHY Pierre, Peruwelz 1914-1918
(4) CERCLE D’HISTOIRE ET D’ARCHÉOLOGIE DE LEUZE, Le Château de Malmaison à Tourpes, in CHAL Newslettter d’avril 2019
(5) Ibid.
(6) Association pour la Sauvegarde du Patrimoine de Beloeil, Histoire locale, Le château de Malmaison, Volume 16, n° 119, mars 2009, p.89 à 95
(7) Ibid.
(8) MAYEUR Paul, enseignant e.r. et aquarelliste, Beloeil